Prémier Chapitre
« La Jeunesse est gaspillée par les jeunes » .
Je ne suis plus jeune. Ca fait longtemps depuis que je suis née. J’ai vécu 87 ans sur cette terre. Mon visage, plissé et violé par le temps, cache mes secrets dans ses rides. Mes yeux surveillent mon histoire, comme deux soldats vêtus de costumes noir brillants. Je n’attends pas ma mort. Non. Je souffre déjà mille morts. La fin du voyage qui s’est terminé ici à Paris, est un long chemin poussiéreux, pavé de chagrin.
* * *
Grandir une fille au Mexique à mon époque lançait un défi, surtout pour une jeune fille calme et timide. La vie, pas facile dans ce temps-la, était toujours pleine d’activité dans une ferme de cacao. Tout le monde travaille. Ma journée commence avec le soleil et termine de la même façon, comme toutes les autres. Chaque jour, je sortais de la maison dans la chaleur étouffante du désert. Pieds nus, mes semelles sont comme du cuire car je cours sur la terre brûlante. La nuit produit des bruits d’horreur : des coyotes, le vent, des choses inconnues, la peur.
Normalement, le benjamin de la famille réussit bien, mais avec mes neuf sœurs et frères, après l’âge de cinq ans, je ne les intéressais plus. Je ne suis ni belle, ni talentueuse.
Mon père, farouche et perspicace, nous inculque le respect pour le terrain, mais il labourait trop sur ses terres pour s’occuper de nous. Pour ma mère mécontente, les embêtements se succédaient un après l’autre. Elle me regardait toujours comme un serpent qui traverse son sentier en ondulant, mangeant sa nourriture. Je tâche de me faire invisible. Je suis le fantôme de ma maison. Pendant la nuit, quand tout le monde dort, j’entends les chuchotements de mes parents. La voix de ma mère articule mon nom et les mots « inutile » , « laide » et « mariage » . Celle de mon père a l’air exaspéré et fatigué.
Lorsque j’avais seize ans, mon père est mort. Je n’oublierai jamais la foudre dans le regard de ma mère une fois que le cercueil a été baissé dans la terre. C’était comme elle me disait : « C’est ton tour » . Cela me donnait froid dans le dos. Une semaine plus tard, on m’a épouse à un homme trois fois plus âgées que moi. Je l’en ai prise une petite valise et disait adieu au seul endroit familier de ma vie. Bien sur, mes sentiments ne comptaient pas.
La première nuit avec mon époux me donnait un choque. Personne ne m’expliquait le sex. Il était espagnol, pas mexicain, et je ne comprenais pas un mot de ce qu’il me dit, sauf quand il se fâchait contre moi. Pourtant, je comprends bien ses gifles, claques et coups de pieds. Mes journées maintenant se composaient de la grande maison sale, les besoins de mon mari et les animaux. Après peu de temps, je me suis tombée enceinte, a mon chagrin. Cette nouvelle a rendu mon mari heureux. Malgré cela, il ne changeas pas ça façon de porter avec moi. L’anticipation d’un fils lui donnait une raison de vivre. Bien des années après, j’avais découvert que sa première femme était morte en accouchant. Pour la plupart du temps, il me laissait tranquille. Ma famille ne me contactait plus et leurs nouvelles diminuent avec le temps. Ensuite, la guerre mondiale est arrivée. Je devenais veuve deux mois après le départ de l’Espagnol.
Sans aucun soutien, j’ai donné naissance a une fille. Cinq mois après, le gouvernement nationalise et s’empare de la maison, laissant moi et ma fille dans la rue sans un peso. Je ne comprenais pas mon courage a ce moment là, mais nous avons marchées pendant trois jours pour arriver à la ferme de mon enfance qui appartenait aussi au gouvernement maintenant. Ma famille n’était pas là. J’ai rencontré une femme sur la route qui m’a donne de la nourriture, de la pitié et de l’argent pour aller a la ville et trouver ma famille.
Ayant passé toute ma vie à la campagne, en ville je me sentais perdue et la morte de faim. Les cris de ma fille me mordaient et la chaleur m’attaque. Déshydratée et famélique, j’ai défailli avec le bruit d’un char qui était tirée par des chevaux et le bruit des sabots en passant dans la rue. La fièvre est passée et je me suis réveillée pour constater que ma fille était morte. Je devenais meloncolique et suis restée à l’hôpital indéfiniment. Après des mois, j’aidai les médecins et les infirmiers.
A l’hôpital, un jeune soldat blessé avait récupéré pendant des semaines. Inconscient, il avait le visage d’un ange, et je l’imaginais qu’il me protégeait et pas le contraire. Très tôt un matin, il a entrouvert ses yeux et m’a dit : « mon ange » . Nous étions heureux en ménage pendant presque cinquante ans avant sa mort.
Notre seul enfant, Luis, c’est le portrait vivant de son père. Déjà soixante ans et un grand-père de quatre enfants, il m’a supplié de déménager de Paris pour vivre à la campagne avec lui et sa femme. Inepties ! J’habite dans cet appartement avec son père depuis plus de cinquante ans d’abord quand il était en station à Paris après la fin de la seconde guerre mondiale. Luis avais seulement six ans. Je suis chez moi. Mon sang mexicain ne change pas le fait que mon cœur soit parisien. Je vais mourir ici dans mon pays adoptif.
Maintenant, je suis la seule « survivante » de ma famille. Mes frères et sœurs sont morts et leurs enfants et grands-enfants ne sont pas disponibles. A premier regard, ça n’a pas de sens d’écrire cette histoire, mais pour moi, on ferme des chapitres douloureux.
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